Mise-en-scène

Pierre Margot

Mise-en-scène

Petite réflexion modérément divagatoire à propos de mise-en-scène.

 

Un texte, des acteurs, une salle.

Retirons, pour l'exemple, le décor, les costumes, les lumières, la musique, la mise en scène.

Il reste toujours l'essentiel : un texte, des acteurs, une salle : le spectacle peut avoir lieu.

 

La mise en scène est un artisanat. Cet artisanat nécessite un savoir-faire qui consiste à lire, étudier, ressentir et même malmener le texte d'un auteur de théâtre. Puis il lui faut guider l'ensemble de ses interprètes vers sa justesse,son équilibre.

Il s'agit de placer le texte sur une scène, judicieusement organisée à tous points de vue, pour que tout de ce texte,

ce qu'il dit, ce qu'il ne dit pas, soit recevable, identifiable, éprouvé par le plus grand nombre de spectateurs possible.

Il incombe au metteur en scène d'impliquer toute son équipe dans le sens de l'aventure qui se prépare.

Le mode narratif de l'auteur, l'émotion que recèle le texte par sa structure et son phrasé, une dramaturgie basée sur son histoire,

sa culture propre. En matière de mise en scène, la lumière, la scénographie, la musique, les costumes, les maquillages, les accessoires...

tout cela est à peu près maîtrisable. Reste l'improbable, le fragile, l'humain qui, eux, appartiennent à l'auteur et l'acteur.

 

L'acteur qui s'empare du texte, l'acteur qui le donne à voir, à entendre, à frémir, l'acteur qui est là, devant nous, qu'on oublie au profit de l'oeuvre qu'il nous représente, l'auteur qui nous offre un pan entier d'humanité, qui met en mots le devenir du monde, l'acteur et son auteur commettent l'oeuvre d'art. Aucun metteur en scène ne les remplacera jamais.

Alors refaisons de nos auteurs et de nos acteurs les véritables stars de notre métier et

rangeons nos metteurs en scène à la place qui est la leur.

 

L'HISTOIRE DU SOLDAT Stravinsky/Ramuz (2004)

 

 

 

Distribution :

Les diables :

Maurice Sarrazin.

 

Le soldat :

Pierre Matras.

 

Le récitant :

Pierre Margot.

 

La danseuse :

Mathilde Olivarès,

 

 

 

Mise en scène, scénographie :

Pierre Margot.

 

Direction musicale :

Pierre Bleuse.

 

Costumes :

Sophie Lafont.

 

Lumières :

Yannick Ferret

 

Avec l'orchestre du

conservatoire de Toulouse

 

 

Production : 

Grenier de Toulouse (2005)

 

 

  

L'Histoire du Soldat

 

Un compositeur et un ecrivain qui ne se supportent pas. L'un taxant l'autre d'auteur sans envergure, l'autre classant le premier parmi les musiciens précieux sans etoffe, pilleurs de traditions populaires. Et pourtant... Leur unique création commune restera un ovni légendaire dans les oeuvres du XXème siècle. Ce n'est pas une oeuvre populaire, ce n'est pas une oeuvre élitaire, ce n'est pas une oeuvre marchandable. C'est un objet difficile à ramasser qui pique les mains quand on y touche.

Mais voilà, ça existe, ça s'impose, c'est énorme. Inclassable, l'Histoire du Soldat reste énigmatique, un radeau solitaire flottant sur un océan de modes passagères et d'air du temps. Le rapport de force entre la musique et le texte est assourdissant, envahissant. Alors je l'ai prise à bras le corps, malmenée, bousculée, renversée. Pas d'autres choix. Nous devions nous faire une place, nous autres comédiens, musiciens, danseuse pour la porter au public. Et il y avait Maurice Sarrazin dans les Diables!

Dans cet assourdissant vacarme de contradictions, d'impossibilté, de démeusure, j'ai fait la rencontre de Pierre Bleuse. Nous avons parlé, nous avons ri, nous savions que nous avions à faire à forte partie et nous nous comprenions. Nous avons ensemble suivi la même route, toute en exigence et en liberté. Je profite de cette occasion pour lui adresser ma profonde amitié et mon respect.

LA LOCANDIERA Carlo Goldoni (2006)

 

 

distribution :

 

Mirandoline :

Laurence Roy.

 

Le Chevalier :

Stéphane Batlle.

 

Le Marquis de Forlipopoli :

Christian Marc.

 

Le Comte, Bastien :

Jean-Luc Dejean

 

Hortense :

Dominique Lagier.

 

Déjanire :

Florence Marquié.

 

Fabrice :

Pierre Margot

 

 

 

 

Adaptation, mise en scène, scénographie, musique originale :

Pierre Margot.

 

Costumes :

Joël Viala.

 

Laurence Roy

était coiffée par Stephan.

 

 

Production : 

Grenier de Toulouse (2006)

 

 

 

 

La Locandiera

 

 

On ne monte pas la Locandiera de Carlo Goldoni

sans une Locandiera autour de laquelle on organise le spectacle.

Cette Locandiera, on l'avait au Grenier de Toulouse : Laurence Roy.

La pièce de Goldoni est écrite à l'heure où Beaumarchais sort Figaro, où Diderot rédige l'encyclopédie. Elle s'inscrit d'ailleurs dans ce fantastique frémissement pré-révolutionnaire où le prestige de la noblesse disparaît doucement au profit du monde des affaires et de la bourgeoisie. Le personnage principal de la pièce de Goldoni s'inscrit en plein dans cette évolution. Au lieu de rester un objet de convoitise pour les hommes, elle s'emancipe en choisissant de conserver la direction de cette auberge qui lui vient de son père, décédé récement. Elle épousera celui qui garantira la pérénité de son affaire.

 

Alors j'ai imaginé une hacienda du sud de l'espagne, un endroit où la douceur de vivre l'emporte sur l'agitation des grandes villes. La musique révèle la sensualité qui règne chez cette femme, un érotisme limpide qui lui vient de son goût d'être libre, libre de ses décisions, de ses choix. Les comédiens n'avaient plus qu'à jouer la pièce génialement écrite par Goldoni. Toutes les répliques font mouche. Le rire qui émane de la salle est large. Une sorte de sympathie se déclare pour ces personnages plus improbables les uns que les autres et pour cette femme, féministe avant l'heure...

UN HOMME DANS LA GARE Jean-Paul Cathala (2004)

 

 

 

 

 

 

Distribution :

 

Le SDF :

Philippe Audibert

 

Le jeune homme :

Nicolas Marty

 

 

 

 

 

 

 

Mise en scène, scénographie, musique originale :

Pierre Margot.

 

Décor :

Denys Charett-Dykase.

 

Costumes :

Laure Vézia

 

 

 

 

 

 

Production : 

Cie Avant-Quart (2004)

 

Un homme dans la gare

 

 

Sans doute, ma mise en scène la plus aboutie à tous points de vue.

 

D'abord, un texte dans lequel Jean-Paul Cathala fouille les recoins de notre société dévorée non seulement par les monstruosités politiques auxquelles nous restons indifférents, mais aussi par la «déculturation» dont souffrent involontairement les générations nouvelles. Ce texte donne à voir ce qui aujourd’hui semble improbable à beaucoup d’entre nous, la transmission d’un savoir humain, d’'une connaissance profonde de l'’existence et de la nécessité de « créer » pour un artiste. Il donne aussi à penser qu’un simple regard attentif envers l’'autre peut non seulement sauver cet autre mais aussi bouleverser son propre destin.

 

Ensuite, une philosophie de compagnie où la recherche et le travail sur le plan dramaturgique, sur le plan du travail d'acteur et sur la recherche esthétique sont l'axe principal de création. Et puis deux comédiens jouant merveilleusement le jeu que je leur proposais. Quant à moi, j'ai tout axé sur l'immédiateté de leur jeu, le désarroi devant la réalité, sur l'accident permanent qui agit sur les personnages, sur une tension dramatique que j'apparente à du suspense.

 

Alors quand on a le texte, les acteurs et le luxe des conditions de travail, bien balot serait celui qui raterait son affaire.

Ce n'est pas le cas et je suis très fier de ces acteurs-là.

BONJOUR, MONSIEUR LUMIÈRE Jean-Paul Cathala (2000)

 

 

Distribution :

 

Le jeune homme :

Philippe Audibert

 

Louis Lumière :

Jean-Paul Cathala

 

Mise en scène, musique originale :

Pierre Margot.

 

Scénographie, vidéo : Jean-Paul Cathala.

 

Costumes : Laure Vézia

 

Production :

Cie Avant-Quart (2000)

 

Bonjour, monsieur Lumière

 

 

 

Ma première mise en scène pour la compagnie Avant-Quart.

 

Première guerre mondiale.

La rencontre entre un jeune homme estropié en filmant les combats dans les tranchées et Louis Lumière, inventeur de la caméra. L'inventeur n'imagine pas qu'utiliser son invention pour témoigner de son temps puisse blesser ou tuer qui que ce soit.

Le jeune homme, paralysé, plongé dans le désespoir d'une jeunesse fauchée par la guerre, se ferme au monde.

Alors, doucement, l'inventeur se fait mentor. Il tire peu à peu le jeune homme de son mal-être et lui ouvre la voie de l'imaginaire. Trois tableaux d'une écriture boulversante d'intelligence et de vivacité. Un plaidoyer pour la vie. Que sont ces étranges relations entre l'inventeur et son invention ? L'inventeur et le créateur ? Quel rôle joue l'image en ce monde qui grandit au rythme de l'industrialisation ? De quoi parle t'on en matière d'écriture de l'image ? Qu'est-ce que l'amitié ? La guerre ? Le désespoir ? La création ? Voilà ce qu'il y a dans ce texte. Des questions, des réponses et des questions...

Magistral. Merci de m'avoir confié cette mise en scène.

AMOURS DE DOM PERLIMPLIN ET DE BELISE EN LEUR JARDIN Federico Garcia Lorca (1990)

 

 

distribution :

 

Dom Perlimplin :

Alain Marpinard.

 

Bélise :

Laurence Roy

 

La mère :

Franziska Steinneger.

 

Marcolfe :

Geneviève Hervier.

 

Les lutins :

Laurent Boulat, David Seys

 

 

Mise en scène, scénographie,

musique :

Pierre Margot.

 

Adaptation, assistanat,

costumes :

Geneviève Hervier.

 

Production :

La Fabrique à Théâtre (1993)

 

Amours de dom Perlimplin

et de Belise en leur jardin

 

 

 

 

 

 

Ma première mise en scène.

 

Pleins d'idées en vrac, pas bien organisées mais pleins d'idées quand même.

Je suis tombé dans Lorca comme on tombe en amour. Poésie, théâtre, tout chez Lorca résonne en moi en fraternité. Après moult recherches sur Lorca et cette pièce, j'en avais découvert une première version qui éclairait le sens et les fondements même de son contenu.

Quand on pense à Lorca, on pense rapidement à Franco dont les soldats abattirent ignoblement le poète pour cause d'homosexualité. Mais sait-on qu'avant Franco, avait perdurée en Espagne une dictature sans doute plus molle mais bien solide ? C'est de cette Espagne-là qu'il s'agit dans ce Perlimplin où tout laisse à penser que Lorca s'identifie à ce personnage de farce, puceau et vieillissant.

Et puis il y a eu "Un poète à New York". Lorca, lors de son voyage là-bas, sent l'avènement d'une nouvelle civilisation en train de naître : la consommation. Le personnage de Belisa en est l'incarnation. L'appetit dévorant de la jeunesse finira par tuer l'homme. J'avais situé tout le spectacle sur fond de guerre d'Espagne usant de toutes les stratégies théâtrales possibles pour donner à voir cette histoire. Peut-être y en avait-il trop ? C'était ce qu'on pouvait appeler un spectacle foisonnant, riche en signes dont je reste extrêmmement fier grâce à toute la bande de copains qu'on était et qui a joué le jeu au delà de mes espérances.

J'ajouterai que nous avons créé à l'occasion de ce spectacle une troupe : la Fabrique à Théâtre et que cette troupe existe toujours aujourd'hui.

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