Comédien

Pierre Margot

 

 

 

Le Péché Originel...

 

Tout commenca le jour où mon père m'emmena voir "Peur sur la Ville" avec Jean-Paul Belmondo...

Tout dans ce film m'était familier. Les tours du Front de Seine, le métro aérien... Et le méchant, "Midas", me terrifiait.

Et lui, Belmondo, il montait sur le toit du métro, il cassait les vitres des tours ! Les mêmes tours que je voyais chaque matin quand ma mère me conduisait à l'école ! Et lui, Belmondo, même pas mal ! En sortant du cinéma, je demandais à mon père qu'est-ce qu'il faisait dans la vie ce Belmondo qui faisait tout ce que j'avais envie de faire sans même oser y penser ? Mon père me raconta qu'il était comédien. C'était son métier, il était comédien et cascadeur...!

 

Quelque temps plus tard, déjà aguerri, j'assistais à une représentation de l'Avare par le Grenier de Toulouse au théâtre de l'Atelier.

Petit, bossu, méchant, teigneux, passioné, fou ! A la reprise, après l'entr-acte, un homme grand, assez sévère mais chaleureux, vint nous demander à moi et à tous mes copains du collège, de vouloir bien cesser de jeter des boules de papiers sur la scène, que le théâtre était un art majeur qui se respectait, qu'on était pas devant la télé... Je me souviens encore de l'atmosphère glaciale que cette intervention avait jetée. Mais quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce même homme, sensé, calme, doux, normal quoi, revint sur la scène deux minutes plus tard, petit, bossu, méchant, teigneux, passioné, fou...!

 

Il existait donc, dans ce monde, deux espaces privilégiés : l'un, vertical à image projetée et l'autre horizontal avec des gens en vrai. Deux espaces où les limites n'existaient pas, où cette peur de ne pas s'adapter au monde disparaissait, où jouer aux mousquetaires était sérieux, où aligner des bourres-pif devenait un art...! Pas la peine de chercher plus loin, ma voie était tracée : je serais acteur !

 

C'est ainsi que la joyeuse corporation des métiers de l'art et de la culture hérita de ma personne. Depuis, j'ai fait mon bout de chemin jusqu'à recevoir le Prix Daniel Sorano en 2002.

 

 

 

 

Comédien

Lauréat du Prix Daniel Sorano 2002

La Mégère Apprivoisée William Shakespeare (2000)

 

William

Shakespeare

 

Rôle :

Petruchio

 

Mise-en-scène :

Maurice Sarrazin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Grenier de Toulouse (2001)

 

 

La Mégère Apprivoisée

 

 

Créée en 2001 au Sorano Théâtre, "La Mégère" reçut plus de 22000 spectacteurs,

déjouant ainsi toutes les statistiques lui prédisant un avenir médiocre.

Elle se jouait, en effet, sans décor et très peu de costume,

ce qui déplaisait beaucoup aux grands prophètes du théâtre.

 

Le fait est que nous étions une troupe d'acteurs qui racontions tous la même histoire.

Oedipe Sophocle (1989)

 

 

 

Sophocle

 

 

 

 

 

 

Rôle :

Oedipe

 

 

mise en scène :

Jean-Paul Cathala

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Théâtre Avant-Quart (1989)

 

 

Oedipe

 

 

Rôle mythique par excellence, Oedipe fut sans doute le spectacle le plus abouti auquel je participai.

 

J'avais 22 ans. Comme me diait Jean-Paul Cathala, c'était l'âge réèl d'Oedipe au moment où la peste s'abat sur la ville de Thèbes, au moment où il découvre sa véritable identité. Il avait lui-même écrit le texte en français avec le concours des professeurs de la faculté de Montpellier. Et il m'a fait travailler, chercher tout au fond de moi les résonnances que ce chef d'oeuvre recélait. J'ai sans doute appris plus sur moi-même pendant les six mois de répétitions sous sa direction que pendant tout le restant de ma vie. Je découvrais que j'avais eu une enfance, qu'elle n'était pas bénine, qu'elle était là, qu'elle avait fait ce que je suis devenu...

 

A partir de là, le long chemin pour la retrouver a commencé, il continue encore aujourd'hui.

La Tempête William Shakespeare (1991)

 

 

 

 

 

 

 

 

William Shakespeare

 

 

 

 

 

 

Rôle :

Ariel (1991)

 

 

 

Mise en scène :

Mario Gonzalez

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Théâtre Avant-Quart (1991)

 

 

 

La Tempête

 

 

Drôle de spectacle que celui-là...

 

Deux ans après Oedipe, nous voilà à monter La Tempête de Sir W. Shakespeare. Nous, comédiens de campagne, nous voilà partageant le plateau avec le gratin du Conservatoire National d'Art Dramatique de Paris. S'il vous plaît! Le plus drôle, c'est que ce même conservatoire m'avait refusé quelques années plutôt...

 

Spectacle haut en couleur, dans le cyclone et l'énergie de Mario Gonzalez, ça riait, ça poussait, ça chantait et c'était bien. Il y avait Jean-Paul Cathala dans Prospéro, Laurent Zizerman dans Caliban, Jean-Michel Ropers, Sylvia Cordonnier, Guillaume Orsat et on s'entendait comme larrons en foire. Moi je jouait Ariel, l'esprit de l'air...

 

On a joué au Printemps des Comédiens, au Festival d'Avignon, au Festival de Sarlat, au Théâtre de la Tempête à Paris...

Edmond la Vanille Jean-Paul Cathala (2000)

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Cathala

 

 

 

 

 

 

Rôle :

le Prisonnier

 

 

Mise en scène :

Jean-Paul Cathala

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Théâtre Avant-Quart (2000)

 

 

Edmond la Vanille

 

 

Jean-Paul Cathala m'appelle un jour et me dit : "Connais-tu Edmond Albius?" "Non" lui dis-je. "C'est un esclave de la Réunion qui a découvert à l'age de 12 ans le moyen de féconder la vanille, manuellement, au nez et à la barbe de tous les scientifiques.

Il montra à tous les propriétaires de l'île le simple geste qui permettait cette fécondation. Affranchi en 1848 par le décret de Victor Shoelcher, il mourut comme il était né, dans une case, ayant fait la fortune des îles françaises. Je pars à la Réunion me documenter, j'écris la pièce, on répète en janvier, tu joues le personnage qu'il croise en prison et je compte sur toi pour la musique."

 

Une tragi-comédie de tréteaux ! Tel était cet Edmond la Vanille qu'il avait écrit et à propos duquel il savait tout ce qu'on peut savoir. S'en suivit cinq années de tournées.

Le Monte-plats Harold Pinter (1988 - 2002)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Harold Pinter

 

 

 

 

 

 

 

Rôle :

Ben

 

 

Mise en scène :

Lise Granvel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Grenier de Toulouse

(1988 et 2002)

 

 

 

Le Monte-plats

 

 

Les deux "Monte-Plats".

 

1988 : Maurice Sarrazin, dans le cadre de son école de théâtre que je fréquentais assiduement, loue la tranche horaire de 18 heures au Théâtre Marie Stuart. A l'année! Cela servait à présenter les spectacles des élèves! C'est à dire nous! Le premier de ces spectacles fut Le Monte-Plats d'Harold Pinter mis en scène par Lise Granvel qui était l'autre professeur de l'école. On a joué tous les jours pendant quatre mois jusqu'au début de janvier 1989. Mon partenaire était alors Olivier Rousset qui a joué plus tard dans "Les Rivières Pourpres". On n'avait pas tout à fait l'âge des rôles mais c'était pas grave puisqu'on se régalait. En tout cas, chapeau monsieur Sarrazin et merci.

 

2002 : En se remémorant ce Monte-Plats d'il y a 14 ans avec Lise Granvel, on se dit que tiens, pourquoi on ne le remonterait pas au Sorano Théâtre à Toulouse. Accord de Sarrazin qui dirige le théâtre. Et toc et paf, on remet ça. Mon nouveau partenaire est Olivier Jeanelle. Je retrouve vite mes repères. Et décidement, la pièce reste mystérieuse. (Pour dire la vérité, il y a des passages que je n'ai toujours pas compris)

 

 

Version 1988

avec Olivier Rousset

 

 

 

 

 

 

 

Version 2002

avec Olivier Jeanelle

 

 

Saint Just Jean-Claude Brisville (2005)

 

 

 

 

 

 

Jean-Claude Brisville

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rôle :

Danton

 

 

Mis en scène :

Bruno de Saint Riquier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Théâtre de la Forge (2005)

 

 

 

Saint Just

 

 

 

Sans aucun doute, jouer Danton est un honneur avant d'être une gageure. A son rôle d'abord exemplaire et capital dans l'avènement de la révolution, succèda un comportement qui apparut plus ambigu aux yeux de ses contemporains. Qu'importe. Il reste de Danton la chair et le corps, l'engagement et la voix. Il est, à mon sens, un des rares rôles du théâtre dont on interprète d'abord le personnage avant même d'interprèter la pièce dans laquelle il apparaît.

 

Bruno de Saint Riquier a signé là, une mise en scène toute en retenue et en tension. Il a su mettre en valeur la machine infernale que Robespierre puis Saint-Just, ont mise en oeuvre et qui finira par les broyer.

 

Il m'a donné l'occasion de me frotter à ce Danton que je guettais, tapi dans les coulisses des théâtres, depuis longtemps... Cerise sur le gâteau : on le jouerait au théâtre Montensier de Versailles !

En attendant Godot Samuel Beckett (1993)

 

 

 

 

 

 

 

 

Samuel beckett

 

 

 

 

 

 

 

Rôle :

Pozzo (1994)

 

Mise en scène :

Mario Gonzalez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Théâtre Avant-Quart (1994)

 

 

 

 

En attendant Godot

 

 

 

Après le succès de La Tempête, l'idée m'est venue de parler à Jean-Paul Cathala de monter Godot. Incontournable Godot dans une vie de comédien. On ne monte pas Godot sans une distribution idéale, sans un point de vue décapant sur l'oeuvre et dans la demi-mesure. La distribution, on l'avait ! Avec Jean-Paul Cathala dans Vladimir et Jean-Michel Ropers dans Estragon, couple infernal à la scène. Le point de vue dramaturgique qu'en avait Jean-Paul de resituer la pièce dans son contexte historique pendant la seconde guerre et d'en faire une pièce axée sur la résistance nettoyait fabuleusement l'oeuvre et la démystifiait, rendant ainsi des personnages de chair et d'os ancrés dans une situation bien réèlle d'occupation. Pour éviter la demi-mesure, il y avait Mario Gonzalez à la mise en scène et surtout à la direction d'acteur. C'était parti!

L'Avare Molière (2000)

 

 

 

 

 

 

 

 

Molière

 

 

Rôle :

Valère

 

Mise en scène :

Maurice Sarrazin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Production :

Grenier de Toulouse (2002)

 

 

 

L'Avare

 

 

Avec Maurice Sarrazin lui-même dans le rôle de l'Avare.

 

Il a voulu que le spectacle soit de facture classique. Il pense que cela rend Molière aux acteurs et donc au public.

La virtuosité de la langue "parlée", la maîtrise des situations insensées, l'aboutissement du personnage dans sa folie et tant d'autres choses encore. Molière pousse si loin qu'aucun personnage de cette pièce ne contrôle son destin, pas une seule décision prise par l'un ou l'autre n'aboutit, aucune situation n'est créée par la volonté humaine. C'est la rencontre de tous ces gens aux caractères forts et l'improbabilité de leur relation qui agit sur eux. Molière pour un acteur français c'est Mozart pour les musiciens.

 

Copyright © Pierre Margot