Mise en Scène |
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Petites reflexions modérément divagatoires à propos de mise en scène
Un texte, des acteurs, une salle. Retirons, pour l'exemple, le décor, les costumes, les lumières, la musique, la mise en scène. Il reste toujours l'essentiel : un texte, des acteurs, une salle. Le spectacle peut avoir lieu. La mise en scène est un simple artisanat. Cet artisanat nécessite un savoir-faire qui consiste à lire, étudier, ressentir et même malmener le texte d'un auteur de théâtre. Puis il lui faut guider l'ensemble de ses interprètes vers sa justesse,son équilibre. Il s'agit de placer le texte sur une scène, judicieusement organisée à tous points de vue, pour que tout de ce texte, ce qu'il dit, ce qu'il ne dit pas, soit recevable, identifiable, éprouvé par le plus grand nombre de spectateurs possible. Il incombe au metteur en scène d'impliquer toute son équipe dans le sens de l'aventure qui se prépare. Le mode narratif de l'auteur, l'émotion que recèle le texte par sa structure et son phrasé, une dramaturgie basée sur son histoire, sa culture propre. En matière de mise en scène, la lumière, la scénographie, la musique, les costumes, les maquillages, les accessoires... tout cela est à peu près maîtrisable. Reste l'improbable, le fragile, l'humain qui, eux, appartiennent à l'auteur et aux acteurs. |
Le metteur en scène s'échinera, lui, comme dans n'importe quelle entreprise, à prendre en compte les hommes et femmes avec lesquels il entreprend la création d'un nouveau spectacle. La distribution des rôles est l'élément clé de cette prise en compte. Une seule erreur de distribution et le château s'écroule. La direction d'acteur est sans doute le terrain le plus glissant et improbable de ce métier: organiser la rencontre entre le texte et l'acteur... Et s'ils se loupaient! Mais l'acteur qui s'empare du texte, l'acteur qui le donne à voir, à entendre, à frémir, l'acteur qui est là, devant nous, qu'on oublie au profit de l'oeuvre qu'il nous représente, l'auteur qui nous offre un pan entier d'humanité, qui met en mots le devenir du monde, l'acteur et son auteur commettent l'oeuvre d'art. Aucun metteur en scène ne les remplacera jamais. Alors refaisons de nos auteurs et de nos acteurs les véritables stars de notre métier et rangeons nos metteurs en scène à la place qui est la leur. |
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L'Histoire du Soldat Stravinsky/Ramuz
Distribution : Maurice Sarrazin - Pierre Matras - Mathilde Olivarès - Pierre Margot Mise en scène, scénographie Pierre Margot. Direction musicale Pierre Bleuse. Costumes : Sophie Lafont. Lumières : Yannick Ferret et l'orchestre du conservatoire de Toulouse
Grenier de Toulouse (2005) |
Un compositeur et un ecrivain qui ne se supportent pas. L'un taxant l'autre d'auteur sans envergure, l'autre classant le premier parmi les musiciens précieux sans etoffe, pilleurs de traditions populaires. Et pourtant... Leur unique création commune restera un ovni légendaire dans les oeuvres du XXème siècle. Ce n'est pas une oeuvre populaire, ce n'est pas une oeuvre élitaire, ce n'est pas une oeuvre marchandable. C'est un objet difficile à ramasser qui pique les mains quand on y touche. Mais voilà, ça existe, ça s'impose, c'est énorme. Inclassable, l'Histoire du Soldat reste énigmatique, un radeau solitaire flottant sur un océan de modes passagères et d'air du temps. Le rapport de force entre la musique et le texte est assourdissant, envahissant. Alors je l'ai prise à bras le corps, malmenée, bousculée, renversée. Pas d'autres choix. Nous devions nous faire une place, nous autres comédiens, musiciens, danseuse pour la porter au public. Et il y avait Maurice Sarrazin dans les Diables! Dans cet assourdissant vacarme de contradictions, d'impossibilté, de démeusure, j'ai fait la rencontre de Pierre Bleuse. Nous avons parlé, nous avons ri, nous savions que nous avions à faire à forte partie et nous nous comprenions. Nous avons ensemble suivi la même route, toute en exigence et en liberté. Je profite de cette occasion pour lui adresser ma profonde amitié et mon respect. |
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Un homme dans la Gare Jean-Paul Cathala
Distribution : Philippe Audibert Nicolas Marty Mise en scène, scénographie, musique originale : Pierre Margot. Décor : Denys Charett-Dykase. Costumes : Laure Vézia
Cie Avant-Quart (2004) |
Sans doute, ma mise
en scène la plus aboutie à tous points de vue. D'abord, un texte
dans lequel Jean-Paul Cathala fouille les recoins de notre société
dévorée non seulement par les monstruosités politiques
auxquelles nous restons indifférents, mais aussi par la «déculturation»
dont souffrent involontairement les générations nouvelles. Ce
texte donne à voir ce qui aujourdhui semble improbable à
beaucoup dentre nous, la transmission dun savoir humain, dune
connaissance profonde de lexistence et de la nécessité de
« créer » pour un artiste. Il donne aussi à penser
quun simple regard attentif envers lautre peut non seulement sauver
cet autre mais aussi bouleverser son propre destin. Alors quand on a le texte, les acteurs et le luxe des conditions de travail, bien balot serait celui qui raterait son affaire. Ce n'est pas le cas et je suis très fier de ces acteurs-là. |
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La Locandiera Carlo Goldoni
distribution : Laurence Roy, Dominique Lagier, Florence Marquié, Christian Marc, Stéphane Batlle, Jean-Luc Dejean, Pierre Margot Adaptation, mise en scène, scénographie, musique originale, lumière : Pierre Margot. Costumes : Joël Viala. Laurence Roy était coiffée par Stephan. Accessoires : la troupe.
Grenier de Toulouse (2006)
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On ne monte pas la Locandiera de Carlo Goldoni sans une Locandiera autour de laquelle on organise le spectacle. Cette Locandiera, on l'avait au Grenier de Toulouse : Laurence Roy. Elle est la comédienne que j'ai le plus employée dans les distributions que j'ai eu à élaborer. Et je continuerai à vouloir la distribuer dès que cela sera possible. Elle est presque, pour moi, ma comédienne fétiche. Rien de ce spectacle n'eut été possible sans l'amitié et la complicité de toute la bande de comédiens de la troupe. La pièce de Goldoni est écrite à l'heure où Beaumarchais sort Figaro, où Diderot rédige l'encyclopédie. Elle s'inscrit d'ailleurs dans ce fantastique frémissement pré-révolutionnaire où le prestige de la noblesse disparaît doucement au profit du monde des affaires et de la bourgeoisie. Le personnage principal de la pièce de s'inscrit en plein dans cette évolution. Au lieu de rester un objet de convoitise pour les hommes, elle s'emancipera en choisissant de conserver la direction de cette auberge qui lui vient de son père, décédé précédemment. Elle épousera celui qui garantira la pérénité de son affaire. Alors j'ai imaginé une hacienda du sud de l'espagne, un endroit où la douceur de vivre l'emporte sur l'agitation des grandes villes. La musique révèle la sensualité qui règne chez cette femme, un érotisme limpide qui lui vient de son goût d'être libre, libre de ses décisions, de ses choix. Les comédiens n'avaient plus qu'à jouer la pièce génialement écrite par Goldoni. Toutes les répliques font mouche. Le rire qui émane de la salle est large. Une sorte de sympathie se déclare pour ces personnages plus loufdingues les uns que les autres et pour cette femme, féministe avant l'heure... |
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Bonjour Monsieur Lumière... Jean-Paul Cathala Distribution : Philippe Audibert Jean-Paul Cathala Mise en scène, musique originale : Pierre Margot. Scénographie, vidéo : Jean-Paul Cathala. Costumes : Laure Vézia Cie Avant-Quart (2000) |
Ma première mise en scène pour la compagnie Avant-Quart. Première guerre mondiale. La rencontre entre un jeune homme estropié en filmant les combats dans les tranchées et Louis Lumière, inventeur de la caméra. L'inventeur n'imagine pas qu'utiliser son invention pour témoigner de son temps puisse blesser ou tuer qui que ce soit. Le jeune homme, paralysé, plongé dans le désespoir d'une jeunesse fauchée par la guerre, se ferme au monde. Alors, doucement, l'inventeur se fait mentor. Il tire peu à peu le jeune homme de son mal-être et lui ouvre la voie de l'imaginaire. Trois tableaux d'une écriture boulversante d'intelligence et de vivacité. Un plaidoyer pour la vie. Que sont ces étranges relations entre l'inventeur et son invention ? L'inventeur et le créateur ? Quel rôle joue l'image en ce monde qui grandit au rythme de l'industrialisation ? De quoi parle t'on en matière d'écriture de l'image ? Qu'est-ce que l'amitié ? La guerre ? Le désespoir ? La création ? Voilà ce qu'il y a dans ce texte. Des questions, des réponses et des questions... Magistral. Merci de m'avoir confié cette mise en scène. |
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Amours de Don Perlimplin et Belisa en leur jardin Federico Garcia Lorca distribution : Alain Marpinard, Laurence Roy, Franziska Steinneger, Geneviève Hervier, Laurent Boulat, David Seys Mise en scène, scénographie, musique : Pierre Margot. Adaptation, assistanat, costumes : Geneviève Hervier. La Fabrique à Théâtre (1993) |
Ma première mise en scène. Pleins d'idées en vrac, pas bien organisées mais pleins d'idées quand même. Je suis tombé dans Lorca comme on tombe en amour. Poésie, théâtre, tout chez Lorca résonne en moi en fraternité. Après moult recherches sur Lorca et cette pièce, j'en avais découvert une première version qui éclairait le sens et les fondements même de son contenu. Quand on pense à Lorca, on pense rapidement à Franco dont les soldats abattirent ignoblement le poète pour cause d'homosexualité. Mais sait-on qu'avant Franco, avait perdurée en Espagne une dictature sans doute plus molle mais bien solide ? C'est de cette Espagne-là qu'il s'agit dans ce Perlimplin où tout laisse à penser que Lorca s'identifie à ce personnage de farce, puceau et vieillissant. Et puis il y a eu "Un poète à New York". Lorca, lors de son voyage là-bas, sent l'avènement d'une nouvelle civilisation en train de naître : la consommation. Le personnage de Belisa en est l'incarnation. L'appetit dévorant de la jeunesse finira par tuer l'homme. J'avais situé tout le spectacle sur fond de guerre d'Espagne usant de toutes les stratégies théâtrales possibles pour donner à voir cette histoire. Peut-être y en avait-il trop ? C'était ce qu'on pouvait appeler un spectacle foisonnant, riche en signes dont je reste extrêmmement fier grâce à toute la bande de copains qu'on était et qui a joué le jeu au delà de mes espérances. J'ajouterai que nous avons créé à l'occasion de ce spectacle une troupe : la Fabrique à Théâtre et que cette troupe existe toujours aujourd'hui. |
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